Contexte
En 1973, Hydro-Québec a signé une entente avec le gouvernement fédéral pour la construction de Gentilly-2. Le gouvernement fédéral avait accepté de payer la moitié des coûts estimés à 302 millions, avec un taux dintérêt spécial très bas. Cependant, Hydro-Québec a dû assumer seule le milliard supplémentaire et dépassement de coûts qui ont quadruplé à 1,36 milliard au moment de mettre la centrale en marche.
Aujourdhui Hydro-Québec ne parle pas beaucoup de son seul réacteur nucléaire et pour cause : historiquement, les Québécois ont montré une grande opposition face à lénergie nucléaire. René Lévesque a déclaré un moratoire sur la construction des nouveaux réacteurs nucléaires en 1978 et Robert Bourrassa a déclaré que le Québec rejetterait tout entreposage permanent de déchets nucléaire hautement radioactifs sur son territoire. Il y a quelque chose dhypocrite et dirresponsable à produire des déchets que lon refuse dentreposer de façon permanente chez soi.
Le réacteur ne produisant quenviron 3% de lélectricité au Québec, il est difficile denvisager un scénario dans lequel le Québec serait incapable de se passer de Gentilly-2.
Pour en savoir plus, lire lÉnergie nucléaire au Québec par Gordon Edwards, président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire.
Et pour plus dinfomations sur les lénergie nucléaire, visitez le site Web du Regroupement pour la surveillance du nucléaire.
Pourquoi la réfection de Gentilly-2?
Gentilly-2 devait à lorigine fonctionner de 30 à 40 ans. Mais, comme tous les CANDU, le réacteur a mal vieilli et a besoin dêtre reconstruit, au complet, cest ce que lindustrie appelle une réfection. En fait, une réfection est similaire à une transplantation cardiaque. Le coeur dun CANDU est constitué de tubes de force : des cylindres qui traversent la cuve du réacteur et dans lesquels sont introduits les grappes de combustible. Afin de maintenir lexploitation de Gentilly-2 après 2008, Hydro-Québec veut remplacer les tubes de force, ce qui revient à reconstruire la pièce maîtresse du réacteur.
Au Canada
Une décision de fermer la centrale Gentilly-2 serait un dur coup porté à la crédibilité de lindustrie canadienne de lénergie nucléaire. Aux prises avec des impondérables politiques, des fermetures prolongées, le vieillissement prématuré de léquipement, les dépassements de coûts énormes : lénergie nucléaire a perdu toute crédibilité comme option énergétique fiable au Canada.
Actuellement, seulement lOntario, le Québec et le Nouveau-Brunswick sont dotés de réacteurs de production dénergie nucléaire. En 1997, lOntario a dû fermer huit des vingt réacteurs à cause de leur mauvais rendement et de problèmes de sécurité. Dépourvue dun plan pour remplacer la (in)capacité nucléaire par la conservation ou les énergies renouvelables et propres, lOntario se trouve aujourdhui dans un véritable cul-de-sac énergétique. Les tentatives pour redémarrer les quatre réacteurs de Pickering A sont retardées depuis trois ans et les coûts sont passés de 800 millions de dollars à 2,5 milliards et continuent daugmenter. Entre-temps, en essayant de ressusciter ses réacteurs nucléaires, lOntario empêche le développement des sources dénergies plus propres, sûres et fiables. Pendant lété de 2002 et lhiver 2003, lOntario a été menacée de pannes de courant généralisées en raison dun manque de capacité énergétique.
Lindustrie nucléaire canadienne a été créée par le gouvernement fédéral et a nécessité dès le début un financement de lÉtat. Malgré 50 ans de financement et soutien gouvernementale, lindustrie nucléaire nécessite toujours des subventions importantes de lÉtat, soit en provenance des contribuables. Énergie Atomique du Canada Limitée (EACL), une société dÉtat canadienne qui assure la conception et la vente des réacteurs CANDU, a reçu 17,5 milliards de dollars en subventions depuis sa création en 1952. Et en dépit du fait que personne a commandé un réacteur au Canada depuis 1974, le gouvernement fédéral a majoré la subvention annuelle dEACL à 211,2 milliards de dollars lannée passée - la plus élevée en 15 ans. Lappui fédéral et provincial à lénergie nucléaire va à contre-courant à nos besoins énergétiques, cest-à-dire le développement de lefficacité énergétique et les énergies renouvelables, propres, sécuritaires et abordables.
La jumelle Néo-Brunswickoise - Pointe-Lepreau
Du même modèle que celui de Gentilly-2, le seul réacteur nucléaire du Nouveau-Brunswick, Pointe-Lepreau, doit être reconstruit ou fermé en 2006. Pointe-Lepreau a été le dernier réacteur nucléaire commandé au Canada en 1974. En opération depuis 1983, Pointe-Lepreau est la jumelle de Gentilly-2, soit un CANDU-6. Énergie Nouveau Brunswick et Énergie Atomique du Canada Limitée ont estimé, de même quHydro-Québec, quil en coûtera 845 million $ pour reconstruire Pointe-Lepreau.
En septembre 2002, la Commission des Entreprises de Service Public du Nouveau-Brunswick (CESPNB) - une commission indépendante dÉnergie Nouveau Brusnwick - a statué que le plan de reconstruction de la jumelle de Gentilly-2, Pointe Lepreau, était trop risqué financièrement pour être dans lintérêt du public, recommandant que le réacteur ne soit pas reconstruit. Dans sa décision, la CESP a allégué quÉnergie NB et Atomique Énergie du Canada Limitée ont grandement sous-estimé les risques économiques de la remise en état de la centrale de Pointe-Lepreau estimés à la somme pourtant non négligeable de 845 $ millions!
Malgré ceci, Hydro-Québec présente ce qui est vraisemblablement le même plan pour reconstruire Gentilly-2. Cependant, contrairement à Énergie Nouveau-Brunswick, Hydro-Québec nest pas obligée de soumettre son plan de réfection à une commission indépendante. Hydro-Québec se garde bien de questionner lintérêt du public dans son aventure nucléaire.
Lire la décision de la Commission des Entreprises de Service Public du Nouveau-Brunswick.
Une question politique : la sortie du nucléaire en Europe
En Europe, de plus en plus de pays constatent que lénergie nucléaire est une impasse et adoptent des lois afin den sortir. En fait, aujourdhui, une majorité des pays de lUnion Européenne nont pas recours à lénergie nucléaire ou ont des projets visant à labandonner.
En décembre 2002, la chambre des représentants de Belgique a adopté une loi afin de mettre fin à lutilisation de lénergie nucléaire et de fermer graduellement ses réacteurs nucléaires. Actuellement, 57% de lélectricité de la Belgique est produite par des réacteurs nucléaires. LAllemagne a aussi adopté, en 2000, pour le 16e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, une loi afin de sortir du nucléaire. Depuis, lAllemagne a installé plus 12 000 mégawatts dénergie éolienne. La Suisse tient un référendum sur lavenir de son programme dénergie nucléaire.

Dans les 18 pays européens de lOrganisation de coopération et de développement éconimiques, huit nont jamais produit dénergie nucléaire dont le Danemark, la Grèce, lIslande, lIrlande, le Luxembourg, la Norvège, le Portugal et lAutriche. Après un référendum en 1987, organisé suite à la catastrophe de Tchernobyl, lItalie a fermé ses quatre réacteurs. Quatre pays ont adopté des lois afin de sortir du nucléaire graduellement, dont la Belgique, lAllemagne, la Suède et les Pays-Bas. Entre-temps, lEspagne a déclaré un moratoire qui bloque la construction de nouvelles centrales. Enfin, le 18 mai 2003, les Suisses voteront dans un référendum qui décidera soit de prolonger le moratoire sur la construction de nouveaux réacteurs ou soit de sortir la Suisse du nucléaire.
La France et le Finlande sont les seuls pays de lUnion Européenne qui ont une politique favorable au nucléaire.
En Europe, la sortie du nucléaire est une question à lagenda politique et pour cause. Après 50 ans dexpérience nous connaissons parfaitement les problèmes avec lénergie nucléaire : cest malpropre, cest cher, ce nest pas sécuritaire et cest lié à la prolifération des armes nucléaires. Lénergie nucléaire nous concerne tous. Cependant, au Québec, Hydro-Québec croit que ça ne concerne queux.
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