LA PART CANADIENNE DE L'HÉRITAGE DE LA GUERRE FROIDE



LES DÉCHETS NUCLÉAIRES MILITAIRES DES GRANDES PUISSANCES


Le plutonium est un sous-produit de tous les réacteurs de fission nucléaire, et fait partie intégrale des déchets hautement radioactifs du combustible nucléaire. C'est un des poisons les plus mortels jamais fabriqués par l'Homme: lorsque inhalé, cet élément est cancérigène à un haut degré. On l'a retenu pour l'utiliser dans des bombes atomiques étant donné que c'est un explosif extrêmement puissant; à peine quelques kilogrammes de plutonium séparé suffisent pour fabriquer une bombe nucléaire. On peut aussi l'utiliser comme combustible dans des réacteurs nucléaires.


Les États-Unis et les pays de l'ex Union soviétique sont présentement en train de mettre en place des ententes de désarmement nucléaire et de démanteler des milliers d'armes nucléaires. Les détonateurs en plutonium de ces ogives posent un des plus embarrassants dilèmmes de notre temps en ce qui touche la gestion des déchets dangereux.

Notre société se trouve à un carrefour important: le plutonium doit-il être utilisé à grande échelle comme combustible dans les réacteurs atomiques, nous entraînant ainsi dans une économie du plutonium à l'échelle globale?; ou doit-on traiter le plutonium comme un déchet dangereux comportant un degré élevé de risque pour la sécurité mondiale? Ne doit-on donc pas, dans ce dernier cas, l'éliminer en mettant fin à toute production de plutonium et en isolant et en surveillant sous haute garde ce qu'on a déjà créé?

Le projet canadien
Dangers et impacts
Les intervenants
Quelques faits sur le combustible
Voici ce que vous pouvez faire



Le projet canadien

Énergie atomique du Canada limitée (EACL) et Ontario Hydro proposent d'importer du combustible nucléaire fait de plutonium qui provient du démantèlement d'ogives russes et américaines afin de l'utiliser dans des réacteurs CANDU. EACL est une société d'État fédérale dont le rôle est de concevoir et de mettre en marché les réacteurs CANDU et autres technologies nucléaires. Ontario Hydro, société d'État provinciale productrice d'électricité, propose d'utiliser ce combustible au plutonium dans ses réacteurs de la Centrale nucléaire Bruce, située au bord du lac Huron.

Le gouvernement canadien a donné son appui de principe à l'importation de combustible au plutonium. Le gouvernement et l'industrie nucléaire voient ce projet comme une façon de forger les épées en socs , faisant bon usage des armes démantelées. Mais le gouvernement refuse de garantir la tenue d'une évaluation environnementale en bonne et due forme, avec audiences publiques, avant que soit prise la décision finale de procéder ou pas avec le projet.

Il se pourrait qu'on évite carrément, tant au niveau fédéral que provincial, de tenir des audiences publiques sur les conséquences qu'aurait une telle décision sur l'environnement, la santé publique et la sécurité, et qu'on ne tienne pas compte des aspects économiques et éthiques qu'aurait l'importation de combustible au plutonium. Il se pourrait que l'utilisation du combustible au plutonium fasse partie d'une exemption générale d'évaluation environnementale accordée à la Centrale nucléaire Bruce par l'Ontario en 1976. La Commission de contrôle de l'énergie atomique (CCEA), l'organisme qui régit l'industrie nucléaire au Canada, pourrait décider d'accorder un permis pour l'utilisation du plutonium dans le cadre d'un amendement au permis actuel.

Dangers et impacts

Les détracteurs du projet se questionnent sur le besoin qu'expriment des états possédant des armes nucléaires d'exporter une partie de leur stock de plutonium afin d'assurer la sécurité de leur propre plutonium. Il est prévu que les déchets provenant de l'utilisation du combustible au plutonium demeureront au Canada, ce qui crée un dangereux précédent: le Canada pourrait devenir la poubelle nucléaire de la planète. Ce que le projet coûtera aux contribuables canadiens n'a toujours pas été calculé; il faudra vraisemblablement y inclure le coût de modernisation des réacteurs nucléaires ainsi que celui des mesures de sécurité exceptionnelles qu'il faudra mettre en place.

De nombreux observateurs ont aussi soulevé des préoccupations en ce qui touche les dangers et les risques pour la sécurité entourant le transport et le stockage de combustible au plutonium neuf. Les droits et libertés des citoyens canadiens pourraient être lésés par les mesures extrêmes de sécurité qui devraient être mises en place pour protéger le combustible. De plus, les effets sur la santé publique et les dangers pour l'environnement qu'occasionnerait l'utilisation de ce combustible sont d'autres préoccupations que de nombreux citoyens ont à coeur.

L'appui de principe que donne le Canada à l'importation de combustible au plutonium contribue à mettre en place une économie mondiale du plutonium. Cet appui a comme conséquence d'intégrer le Canada aux programmes d'armement nucléaire des États-Unis et de la Russie puisque ces deux pays continuent de maintenir et de moderniser leur arsenal nucléaire. L'importation du plutonium pourrait contrevenir à l'esprit de la Politique canadienne de nonprolifération nucléaire puisque la raison d'être de cette politique est d'isoler l'industrie nucléaire canadienne des programmes d'armement nucléaire d'autres pays.

Rayonnement alpha d'une particule radioactive dans du tissu pulmonaire

Image

Photographie de Robert Del Tredici, tirée du livre At Work in the Fields of the Bomb , publié chez Harper and Row, 1987

L'étoile noire qu'on distingue dans cette image montre les traces laissées par le rayonnement alpha émis par une particule radioactive de plutonium logée dans le tissu pulmonaire d'un singe. (La particule elle-même n'est pas visible).

Dans le cas de tissu pulmonaire vivant, si une des cellules à proximité d'une telle particule est endommagée d'une certaine façon, elle peut devenir cancéreuse et se propager rapidement dans le poumon.

Les intervenants

Le Department of Energy des États-Unis, qui a la responsabilité des stocks de plutonium militaire a signifié qu'il serait d'accord pour expédier une certaine quantité de combustible au plutonium à Ontario Hydro, mais à la condition qu'une entente trilatérale soit signée entre le Canada, les États Unis et la Russie et que la Russie s'engage à faire de même.

Le Department of Energy a financé l'étude de faisabilité qu'a effectuée EACL et Ontario Hydro pour évaluer l'utilisation de combustible au plutonium américain dans les réacteurs CANDU. L'Agence canadienne pour le développement international (ACDI) a financé une étude semblable sur la faisabilité d'importer le combustible au plutonium russe.

Entre-temps, les pays de l'ex Union soviétique s'intéressent à la possibilité d'utiliser leurs stocks de plutonium militaire dans leurs propres réacteurs et font de la recherche et développement à cette fin.

Le Department of Energy des États-Unis a aussi reçu des demandes provenant de sociétés productrices d'énergie intéressées à utiliser le plutonium dans des réacteurs à eau ordinaire --une option moins coûteuse que l'exportation au Canada. De plus, le Department of Energy s'est aussi engagé à vitrifier une partie du plutonium en le mélangeant à d'autres déchets radioactifs sous forme liquide pour le transformer en une masse solide de vitre ou de céramique.Les deux approches atteignent le même objectif: mettre ces déchets sous une forme qui soit tellement dangereuse qu'on ne puisse s'en approcher sans être muni d'écrans de protection très sophistiqués à cause des champs de rayonnement extrêmement élevés.


Quelques faits sur le combustible

Le combustible au plutonium est composé d'un mélange d'oxydes de plutonium et d'uranium pour former un combustible à oxydes mixtes, aussi appelé combustible MOX (pour Mixed Oxide Fuel ). Le plutonium provient des détonateurs des bombes nucléaires et d'autres stocks. Le combustible au plutonium prévu pour les réacteurs CANDU contient un pourcentage très bas de plutonium; il est censé avoir été spécialement conçu pour ressembler au combustible à l'uranium qu'on utilise présentement dans ces réacteurs. EACL prévoit faire des essais en décembre 1997 sur des échantillons de plutonium russe et américain au site des Laboratoires nucléaires de Chalk River.

Selon le projet avancé par EACL et Ontario Hydro, le combustible au plutonium serait fabriqué à l'extérieur du Canada et expédié au site de Bruce par transport aérien, maritime ou routier dans des convois protégés par des gardes armés jusqu'aux dents. Même sous forme de combustible MOX, le plutonium est classé comme étant à risque très élevé. Il doit donc être transporté avec les mêmes mesures extrêmes de sécurité qu'on utilise lors du transport d'ogives nucléaires, afin d'éviter le vol par des organisations criminelles ou terroristes. Il est aussi possible que le combustible au plutonium puisse atteindre la criticité (c'est-à-dire se mettre à soutenir une réaction en chaîne) dans certaines situations lors du transport ou de la manutention.

Ontario Hydro maintient qu'il est possible d'exploiter les réacteurs CANDU avec une pleine charge de combustible au plutonium. Les réacteurs du groupe B de la Centrale nucléaire Bruce devraient donc rester en service pour encore une vingtaine d'années, dépendant des clauses des contrats de vente qui seraient signés avec les États-Unis et la Russie. L'industrie nucléaire dit croire qu'il est faisable d'alimenter les réacteurs CANDU au combustible au plutonium, mais on a pas à ce jour procédé à des essais assez poussés pour en faire la preuve. L'évaluation de la sûreté des réacteurs serait faite lors du processus de délivrance de permis par la Commission de contrôle de l'énergie atomique.

On stocke en ce moment le combustible irradié sur le site même des différentes centrales. Une commission environnementale fédérale se penche depuis plusieurs années sur l'évaluation du concept proposé par EACL d'enfouir les déchets nucléaires quelque part dans la roche du Bouclier canadien. Lors de ces audiences publiques, la commission a été informée du projet d'importation de plutonium et du fait que les déchets qui en découleraient resteraient au Canada. On attend le rapport final de la commission vers la fin de l'année 1997. Les déchets provenant de l'utilisation du combustible au plutonium sont plus radioactifs et à température plus élevée que ceux du combustible à l'uranium utilisé normalement dans les CANDU.

Septembre 1997



Extrait tirés de :

The MOX Experience
The Disposition of Excess Russian and U.S. Weapons Plutonium in Canada
,
juillet 1997, par Franklyn Griffiths, Ph.D., George Ignatieff Chair of Peace and Conflict Studies, Université de Toronto:

Le projet d'utilisation de combustible MOX dans les CANDU est sans espoir. Il est certain qu'il cédera aux Canadiens des coûts directs importants. Le projet est tout sauf avantageux pour eux. Il est grossièrement inadéquat dans sa capacité d'atteindre ses buts déclarés de sécurité internationale. Le gouvernement du Canada devrait retirer ce projet. [p. 61]


Voici ce que vous pouvez faire

Si vous êtes préoccupé par ce que vous venez de lire, téléphonez ou écrivez au Premier ministre et au député de votre circonscription. Enjoignez-les à annuler l'essai de combustion à Chalk River et à retirer l'appui de principe du gouvernement pour l'importation de combustible au plutonium destiné aux CANDU.

Le numéro de télécopieur du Cabinet du Premier ministre est le 613-941-6900 et le numéro de téléphone est le 613-992-4211. Si vous avez accès à l'internet, vous pouvez envoyer une télécopie au Premier ministre à partir du site Web suivant: http://www.net-efx.com/faxfeds/ . Pour obtenir le numéro de téléphone de votre député, appelez le 1-800-667-3355.

Pour plus de renseignements sur la question du plutonium militaire au Canada, nous vous invitons à consulter les sites Web suivants: www.cnp.ca/ccen/ et www.ccnr.org/ .


Document préparé par:
Campagne contre l'expansion du nucléaire

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