CINQUANTE ANS DE SUBVENTIONS STÉRILES

RÉSUMÉ
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Énergie atomique du Canada limitée (EACL) est la société d'État canadienne qui assure la conception et la vente des réacteurs CANDU. A l'occasion du 50ème anniversaire d'EACL, son président-directeur général, Robert von Adel, vantait « la promesse de l'énergie sans bornes » dans un langage rappelant le style propagande des années cinquante. Il confond malheureusement faits et réalités. Fait : EACL est un cas désespéré qui a reçu à ce jour 17,5 milliards de dollars en subventions et qui continue den réclamer encore plus. Réalité : après 50 années de faillites techniques et financières, rien ne porte à croire que la tendance pourrait changer.
En 2001-2002, le gouvernement fédéral a majoré la subvention annuelle dEACL à 211,2 milliards de dollars : la plus élevée en 15 ans. Le nombre demployés a augmenté à 4 000, le niveau le plus élevé en 15 ans. Cela est tout à fait contraire au plan budgétaire de 1996 dans lequel le gouvernement limitait à 100 millions la subvention annuelle dEACL. De toute évidence, la reprise des subventions nucléaires fait partie de lhéritage que laisse le Premier ministre Chrétien à ses contribuables. Pas surprenant que EACL décrive Jean Chrétien comme « un défenseur ardent et de longue date dEACL et du CANDU ».
Van Adel est en train de réorganiser EACL sur les principes dentreprise. Mais une société de la Couronne qui dépend massivement de subventions du gouvernement ne peut être organisée sur un modèle de libre entreprise ou encore adopter un véritable sens des affaires. Van Adel parle dun « investissement soutenu » nécessaire à la transformation dEACL. Malheureusement pour les contribuables canadiens, un « investissement soutenu » se traduit nécessairement par une hausse de subventions.
La propagande de lindustrie nucléaire sest concentrée récemment sur la prétendue « renaissance nucléaire ». Suite à lintroduction de la concurrence sur le marché de lélectricité aux États-Unis, les compagnies productrices délectricité ont pu mettre une croix sur une bonne part de leur dette nucléaire en tant que coûts échoués (« stranded costs »), ce qui a permis aux vieilles centrales nucléaires de vendre leur production à une fraction du véritable coût et de continuer de fonctionner. La « renaissance nucléaire » ne fut en fait quune opération de sauvetage pour cette industrie. Les abonnés sont cependant tenus de continuer à payer les coûts échoués. Il ny a pas non plus de propositions fermes aux États-Unis pour de nouvelles centrales nucléaires pour la simple raison que les centrales nucléaires coûtent le double des centrales au gaz.
Le coût élevé nest pas lunique argument contre lénergie nucléaire. Cette forme de production dénergie est un cauchemar au niveau de la sûreté. Pourquoi les terroristes auraient-ils besoin de bombes alors quils peuvent causer la fusion du cur du réacteur dune centrale ? Le nucléaire nest pas une technologie « propre » : les émissions radioactives et les déchets nucléaires causent des cancers et des anomalies congénitales ; il y a toujours la possibilité dun accident catastrophique semblable à celui de Tchernobyl ; et la prolifération des armes nucléaires est un danger persistant. Loption nucléaire a été rejetée comme solution aux problèmes climatiques lors de la Conférence sur les changements climatiques tenue à Bonn en 2001. Lénergie nucléaire est en conflit avec lengagement canadien dans le cadre du Protocole de Kyoto : les formes renouvelables dénergie et lefficacité énergétique sont des technologies plus économiques, plus propres et plus sécuritaires.
Le Cabinet a accordé un montant de 200 millions de dollars à EACL, sans débat public, pour la conception de son nouveau réacteur prototype, le réacteur CANDU avancé ACR. EACL prétend pouvoir trouver facilement un marché pour ce réacteur qui aura un prix de vente moindre. Ce nest pas la première fois quon entend cette rengaine après 50 ans de cafouillages répétés : le « Organic Cooled Reactor » au Manitoba fut un cul-de-sac technologique ; le réacteur à eau bouillante ordinaire CANDU BWR à Gentilly, au Québec, qui utilisait de leau bouillante ordinaire comme caloporteur, tout comme le ACR, fut un citron qui fonctionna moins de 200 jours et coûta 126 millions aux contribuables, sans compter les frais de conception ; le Slowpoke Energy System, un reacteur-fournaise dont personne ne voulait et dont la conception coûta 45 millions de dollars ; la conception du CANDU-3, « un réacteur plus petit et moins cher » (tout comme le ACR) coûta 75 millions, mais personne ne voulait dun réacteur qui navait pas fait ses preuves ; les coûts de conception du CANDU-9 nont jamais été dévoilés, mais le programme fut mis au rancart après labandon par la Corée du sud de son programme CANDU ; et les deux réacteurs MAPLE à Chalk River : un autre fiasco comportant un délai de mise en service de quatre ans. La plus récente proposition de mégaprojet nucléaire subventionné : 500 millions de dollars pour le réacteur CCN (Centre canadien de neutrons) qui doit remplacer le NRU vieillissant en 2005. Il ny a pas de véritable besoin pour ce réacteur puisque la recherche peut se faire à dautres centres de recherche internationaux. À la lumière du cheminement historique sans précédent dEACL, jonché dincompétence et déchecs, il est inconcevable quon veuille encore octroyer 20 millions de dollars de fonds publics pour le réacteur ACR ou encore 500 millions pour le CCN.
Les réacteurs CANDU se sont détériorés beaucoup plus tôt quà la fin de leur durée de vie prévue de 40 ans. Au bout de 20 ans ou moins, il est nécessaire de procéder à une remise en état majeure qui coûte tout aussi cher sinon plus que lachat original de la centrale. En sa fonction de consultant principal, EACL a été blâmée pour encore un autre fiasco, soit la remise en état des réacteurs du Complexe nucléaire de Pickering A. Le démarrage du premier réacteur a été retardé de trois ans et les coûts de réfection des quatre réacteurs sont montés en spirale de 800 millions à 2,5 milliards.
EACL a mis sur pied un plan de remise en état de la Centrale nucléaire de Point Lepreau qui appartient à la Société dÉnergie du Nouveau Brunswick. En septembre 2002, la Commission des entreprises de service public de cette province sest prononcée contre la proposition de 845 millions de dollars, faisant valoir quelle était trop risquée et trop coûteuse. Ce sont les contribuables fédéraux qui assument le risque si EACL cafouille. Pour faire avancer le projet, EACL demande maintenant au gouvernement fédéral soit daccepter encore plus de risque, soit daugmenter sa participation. Le Cabinet doit simplement dire non à ce gouffre financier qui sajoute aux autres. Le Conseil dadministration dHydro-Québec, quant à lui, doit décider en 2003 sil procède ou pas à une remise en état du réacteur Gentilly-2.
EACL promet depuis longtemps que son salut financier réside dans lexportation des CANDU, mais 12 réacteurs seulement ont été vendus, soit moins de 3 % du total mondial. En 1996, EACL déclarait que « son but était dassurer la vente de dix réacteurs CANDU dans les dix prochaines années ». Depuis lors, trois réacteurs seulement ont été vendus : deux à la Chine en 1996 et un à la Roumanie en 2003. Cette vente du réacteur Cernavoda-2 nest en fait que la phase finale dun marché conclu en 1980, mais elle a quand même nécessité une garantie de 328 millions de dollars sur le Compte Canada de la Société pour lexpansion des exportations : en plein dans le mil pour les contribuables canadiens. Les deux réacteurs Qinshan vendus à la Chine ont aussi bénéficié de crédits de 1,5 milliards de dollars en provenance de la même source. Les ventes de réacteurs sont trop coûteuses et trop risquées pour les institutions financières du secteur privé ; alors pourquoi notre gouvernement risquerait-il ainsi les deniers publics?
Les récentes pertes de contrats de vente à la Turquie, à lAustralie et à la Corée du sud confirment que la voie des exportations de CANDU est un cul-de-sac. Il ny a pas de possibilités de nouvelles ventes de réacteurs dans un avenir prochain.
EACL laisse aux Canadiens un sinistre héritage de déchets radioactifs et de contamination. La Province du Manitoba sest plainte de la durée prévue (60 ans) du nettoyage des Laboratoires de Whiteshell. EACL ne veut même pas dévoiler son plan de nettoyage des Laboratoires de Chalk River dans la vallée de lOutaouais, en Ontario et le gouvernement refuse de soumettre le plan de déclassement à une évaluation environnementale. La contamination radioactive, après 50 ans de pratiques laxistes, a atteint la rivière des Outaouais, à vocation récréative et source deau potable pour des millions de Québécois et dOntariens.
EACL a fêté son 50ème anniversaire en 2002, tout comme le magazine MAD et les céréales Sugar Frosted Flakes. Contrairement à ces deux entreprises profitables, la réalisation la plus marquante dEACL en 50 ans a été son habileté à tirer dénormes subventions du gouvernement fédéral comme un énorme aspirateur nucléaire. Après cinquante ans de subventions stériles, il serait grandement temps de couper les fonds.
janvier 2003

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